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Michaud à la dernière mode

J’suis allé magasiner hier pour acheter des beaux vêtements. Ma blonde me harcelait avec ça depuis son retour dimanche. D’après elle c’est ben important d’être bien habillé quand on cherche une job.

Marianne a insisté pour me conduire jusqu’au magasin parce que selon elle j’étais vraiment trop chaud pour prendre le volant. Ça me dérangeait pas vraiment de toute façon; j’avais apporté une petite bouteille de gin pour le voyage alors j’me suis dit que ça me permettrait d’en boire un peu pendant qu’elle conduirait. C’est quand même un bon 20 minutes de char.

Elle m’a laissé sur le bord du chemin pas très loin de chez Shimons en me disant qu’elle reviendrait me chercher dans 2 heures. C’est en sortant du char que j’ai réalisé que j’étais effectivement très chaud. Faut dire que j’avais pas mal terminé ma petite bouteille finalement. J’ai ben de la misère à économiser.

Je marchais pas mal croche dans le stationnement vers le Shimons. J’avais beaucoup de difficulté à mettre un pied devant l’autre sans perdre l’équilibre. Y’avait deux petites madames avec des grosses fesses qui me regardaient bizarrement quand j’ai essayé d’ouvrir les portes du magasin: « faut tirer monsieur » que la plus grosse a dit. Quand j’y pense aujourd’hui c’est ben évident (surtout avec la petite inscription sur la porte) mais à ce moment là j’étais assez chaud que mon inconscient me commandait de faire l’inverse.

J’suis allé directement vers la section pour hommes jeter un coup d’œil aux chemises et pantalons. Une jeune vendeuse est venue me voir pour me demander si je cherchais quelque chose en particulier. J’ai essayé de répondre du mieux que je pouvais mais j’avais un peu trop de salive dans la bouche et ça a sorti d’une drôle de façon. Même avec toute ma bonne volonté, aucun des mots que je voulais prononcer sonnaient correctement. Elle a quand même fait un « très bien suivez-moi » assez sympathique avant de tourner les talons.

J’ai rapidement accepté quand elle m’a proposé d’essayer une chemise bleue avec un pantalon gris foncé. À ce moment là j’avais la tête qui tournait beaucoup et j’me suis dit qu’elle connaissait ça pas mal mieux que moi de toute façon.

Ça s’est pas super bien passé dans la cabine d’essayage. À commencer par mes jeans: j’ai sauté un bon 20 secondes sur place à essayer d’enlever la deuxième jambe. J’étais tout de même assez satisfait d’être resté debout pendant tout ce temps. Par contre en essayant de mettre les pantalons gris j’ai complètement perdu l’équilibre; c’est tout mon corps qui a basculé vers l’arrière. Par réflexe ma main a agrippé le rideau qui fermait la cabine et les petits anneaux attachés au support se sont mis à se détacher un à un alors que je tombais lentement au sol en tournant sur moi-même. La vendeuse s’est précipitée pour me demander si je me sentais bien. J’ai pas répondu tout suite parce que j’étais encore un peu étourdi.

La jeune fille a demandé de l’aide dans son petit micro. J’ai pas compris tout ce qu’elle disait parce que j’avais quand même une oreille sur le tapis, mais j’ai clairement entendu le mot « ivrogne » et je crois bien qu’elle a ri un petit peu.

Deux gardiens de sécurité sont arrivés et m’ont pris par les épaules pour me soulever. Le plus jeune m’a enlevé les pantalons gris pour les redonner à la vendeuse et m’a ensuite aidé à remettre mes vieux jeans. J’pense que si j’avais pas été complètement chaud, j’aurais été un peu humilié. Surtout que j’avais pas mes plus belles bobettes et la jeune fille me regardait avec un sourire en coin.

Ils m’ont trainé doucement jusqu’à la sortie. J’ai l’impression qu’ils voulaient pas trop me brasser pour pas que je sois malade. J’arrivais pas à soulever ma tête; dès que j’essayais, elle retombait immédiatement en roulant sur le côté.

Arrivés à la porte, les gardiens ont laissé entrer une maman avec sa petite fille de 4-5 ans. Elle me faisait penser à Amélie avec ses longs cheveux châtains. J’ai fait un gros effort pour soulever ma tête et j’ai essayé de lui faire un beau sourire. Ouvrir la bouche a malheureusement laissé couler une grande quantité de salive le long de mon menton et j’pense que c’est ça qui l’a un peu inquiété. Son visage a subitement changé d’expression et elle s’est vivement accrochée à la jambe de sa mère. J’ai voulu récupérer la situation en lui disant que j’étais pas méchant mais, encore une fois, j’ai seulement réussi à grogner deux ou trois syllabes et elle s’est mise à hurler. Je l’entendais encore pleurer quand les gardiens ont ouvert la deuxième porte pour me faire sortir.

À l’extérieur, le plus vieux des deux m’a demandé si je pouvais tenir debout. Il avait une voix rassurante et sympathique. J’ai réussi à lui dire que oui et que normalement j’avais pas de problème avec ça. Les deux gardiens m’ont donc mis sur les pieds et se sont tranquillement éloignés de reculons en surveillant mes mouvements. Un peu comme s’ils m’avaient mis en équilibre sur un ballon.

L’air frais m’a fait du bien. J’suis allé un peu plus loin attendre sur un petit banc d’neige que Marianne revienne me chercher. J’suis resté là environ 1 heure et demi parce que mon magasinage a été beaucoup moins long que prévu. Ça m’a permis de dégriser un peu. Quand elle est finalement arrivée, j’arrivais même à marcher relativement droit.

En entrant dans le char, Marianne m’a demandé pourquoi j’avais rien acheté. J’ai répondu que j’avais rien trouvé qui m’allait vraiment bien. C’est pas complètement faux. J’ai des goûts assez précis et je suis quelqu’un de pas mal coquet.

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